Tourisme Gastronomique

Thé à la menthe marocain : recette, histoire et bienfaits

8 min de lecture
Thé à la menthe marocain : recette, histoire et bienfaits

Le thé à la menthe marocain associe du thé vert gunpowder, de la menthe nanah fraîche et du sucre, infusés dans une théière puis versés de haut pour former une mousse. Boisson d’hospitalité servie en trois verres, il se prépare en quelques minutes et accompagne aussi bien un repas de fête qu’une simple pause.

Une rencontre entre la Chine et le Maroc

Le thé à la menthe n’est pas aussi ancien au Maroc qu’on l’imagine. Sa diffusion date du milieu du 19e siècle, pendant la guerre de Crimée. Privés de leurs débouchés sur les ports slaves, les marchands britanniques, qui contrôlaient alors le commerce du thé en Europe, cherchent de nouveaux clients et ouvrent des comptoirs à Tanger et à Mogador, l’actuelle Essaouira.

Les Marocains, habitués à infuser des feuilles de menthe nanah, découvrent le thé vert gunpowder, surnommé les perles de Chine pour ses feuilles roulées en petites billes. Le mariage s’impose vite : la menthe adoucit l’amertume du thé vert, et la boisson devient un rituel quotidien. Chez les populations nomades du Sahara, les Touaregs notamment, ce thé sucré et rafraîchissant aide à supporter la chaleur des pistes désertiques.

Un siècle et demi plus tard, ce métissage reste vivace. Le Maroc figure parmi les premiers importateurs mondiaux de thé vert chinois : les achats du pays ont atteint 123,5 millions de dollars entre janvier et juillet 2024, selon les données douanières chinoises relayées par la presse marocaine. Le thé y devance largement le café dans les habitudes de consommation.

Le rituel a essaimé bien au-delà des frontières marocaines. Toute l’Afrique du Nord, du Maroc à la Tunisie en passant par l’Algérie et la Mauritanie, partage cette culture du thé vert sucré à la menthe. Chaque région module le dosage, la force du thé ou la quantité de sucre, mais le geste reste le même : accueillir, honorer, prendre le temps. En France, la diaspora maghrébine a transmis ce savoir-faire, si bien que le thé marocain figure aujourd’hui sur la carte de la plupart des restaurants orientaux, de Paris à Lyon en passant par l’Isère.

Choisir le thé et la menthe

Deux ingrédients font la différence entre un thé quelconque et un vrai thé marocain : la qualité du thé vert et la fraîcheur de la menthe. Le reste tient au tour de main.

Le thé vert gunpowder reste le standard. Ses feuilles roulées se déploient à l’infusion et libèrent un goût franc, légèrement fumé, qui tient tête au sucre et à la menthe. Les versions bon marché tirent vers l’astringence, les meilleures gardent de la rondeur. Un thé vert de Chine type chun mee peut aussi convenir pour une tasse plus douce. Évitez les thés parfumés industriels, dont les arômes ajoutés masquent le vrai caractère du thé marocain.

Côté menthe, la menthe nanah domine. Il s’agit d’une variété de menthe verte, Mentha spicata, aux feuilles tendres et au parfum doux. Elle se prête particulièrement aux infusions gourmandes, là où d’autres menthes couvrent le thé de leur amertume ou de leur note poivrée. Son menthol modéré laisse le thé vert exprimer sa propre saveur, sans la dominer.

Variété de mentheProfil aromatiqueUsage pour le thé
Menthe nanahDouce, sucrée, menthol modéréLa référence du thé marocain
Menthe verte de jardinFraîche, franche, peu camphréeBon substitut à la nanah
Menthe poivréePuissante, camphrée, mentholéeÀ éviter, écrase le thé

Privilégiez un bouquet de tiges entières plutôt que des feuilles éparses. La tige parfume sans libérer trop vite l’amertume des feuilles froissées. Rincez la menthe à l’eau froide avant usage, et gardez quelques brins pour décorer le verre au service.

Préparer un thé à la menthe marocain

La préparation obéit à une séquence simple, calibrée sur des repères précis. Le geste compte autant que les ingrédients.

Le rinçage du thé vert

Le thé vert supporte mal l’eau bouillante. Un premier jet d’eau chaude, versé sur les feuilles puis vidé aussitôt, retire une partie de l’amertume et réveille les arômes. Cette étape de rinçage évite le goût métallique des thés trop infusés. Certains gardent ce premier jus, jugé trop précieux pour être jeté, mais le rinçage donne une boisson plus ronde.

La température et le temps d’infusion

Le thé vert gunpowder réclame une eau entre 70 et 90 degrés, jamais en pleine ébullition. Coupez le feu juste avant que l’eau ne bout franchement. L’infusion dure deux à trois minutes pour une première extraction équilibrée, un peu plus pour un thé corsé. Ajoutez ensuite la menthe et le sucre, puis laissez reposer une à deux minutes de plus. Le sucre, en morceaux ou en pain cassé, se dose selon le goût, généreusement dans la tradition marocaine.

La théière compte, elle aussi. La forme classique est en métal argenté, ventrue, avec un bec long et courbé qui facilite le service en filet. Elle passe directement sur la source de chaleur, pour porter le thé à frémissement après y avoir glissé la menthe. Une simple théière en verre ou en inox rend le même service pour un usage domestique, tant que le bec autorise un versement haut et précis.

Le geste de la mousse

Servez le thé de très haut, en levant la théière au-dessus des verres. Ce filet d’eau aère la boisson et forme une mousse fine en surface, marque d’un thé réussi. Le premier verre est souvent reversé dans la théière pour mélanger, avant le service définitif. La coutume veut trois verres successifs, chacun au goût différent selon un proverbe maghrébin bien connu : le thé doit être amer comme la vie, mousseux comme l’amour et sucré comme la mort. Refuser un verre relève de l’impolitesse.

Les bienfaits du thé à la menthe

Au-delà du plaisir, cette boisson cumule les atouts de deux plantes étudiées de près. Le thé vert et la menthe apportent chacun leurs composés actifs.

Les antioxydants du thé vert

Le thé vert concentre des catéchines, des polyphénols qui neutralisent les radicaux libres. Ces molécules représentent 30 à 40 % du poids des feuilles de thé vert séchées, selon les analyses relayées par les guides spécialisés du thé. La plus étudiée, l’épigallocatéchine gallate ou EGCG, compte pour 10 à 15 % de la matière sèche. Ces composés soutiennent la lutte contre le stress oxydatif, un facteur associé au vieillissement cellulaire. Leur pouvoir antioxydant dépasse, dans plusieurs mesures en laboratoire, celui des vitamines C et E prises isolément.

Le thé vert apporte peu de calories tant qu’il reste peu sucré. La version marocaine traditionnelle, elle, se boit très sucrée, ce qui change la donne sur le plan nutritionnel. Réduire le sucre, ou le remplacer progressivement, conserve les bénéfices des catéchines sans l’apport glucidique élevé d’un thé de fête.

La menthe et la digestion

La menthe agit surtout sur le confort digestif. Son menthol détend les muscles du tube digestif et calme les spasmes intestinaux. Plusieurs essais cliniques menés sur des patients atteints du syndrome du côlon irritable, traités à l’huile de menthe poivrée durant au moins deux semaines, ont montré un soulagement nettement supérieur au placebo. Un thé à la menthe en fin de repas apaise ainsi la sensation de lourdeur, une propriété que partagent d’autres vertus des épices orientales utilisées dans la cuisine maghrébine.

La chaleur de la boisson joue aussi un rôle. Un liquide chaud favorise la détente digestive après un plat riche, ce qui explique la place du thé à la fin des repas de fête. Servi juste après un couscous ou un tajine copieux, il prolonge le moment autour de la table et facilite la digestion des convives, sans alcool ni excitant fort.

Théine et modération

Le thé vert contient de la théine, cousine de la caféine. Un verre en soirée peut gêner l’endormissement chez les personnes sensibles. Le sucre, souvent abondant dans la version traditionnelle, mérite lui aussi une main mesurée pour les consommateurs attentifs à leur apport glucidique. Une version peu sucrée conserve tout l’intérêt gustatif sans la charge en sucre.

Déguster un thé à la menthe à Vienne

À Vienne, le thé à la menthe prolonge naturellement un repas oriental. Servi brûlant dans de petits verres décorés, il clôt un couscous ou un tajine, et accompagne les pâtisseries au miel et aux amandes. Les tables marocaines de la ville en font le point final de leur service, dans la logique d’hospitalité qui structure toute la cuisine du Maghreb.

Reproduire ce rituel chez soi reste accessible : un bon gunpowder, un bouquet de menthe nanah, du sucre et une théière suffisent. Le thé à la menthe se marie idéalement avec un tajine de poulet au citron confit ou les grillades relevées au ras el hanout. Pour composer un repas complet dans l’esprit marocain, le guide de la cuisine orientale à Vienne recense les plats où cette boisson trouve toute sa place.

Prochaine étape : procurez-vous un thé vert de qualité et de la menthe fraîche, puis testez le geste de la mousse. Deux ou trois essais suffisent pour trouver votre dosage de sucre et servir un thé digne d’une table marocaine.